La gale des pattes (Docteur Thierry DELESTRADE-Jean-Michel EYTORFF)

LA GALE DES PATTES.

Docteur THIERRY DELESTRADE – JEAN-MICHEL EYTORFF

Il est rare de ne pas se trouver confronté un jour à un problème de gale des pattes dans son élevage. Un nouvel arrivant, est bien souvent le vecteur permettant une contamination lente des oiseaux mais ô combien embarrassante. Afin de vous apporter le maximum de précision concernant le traitement de ce parasite externe, j’ai demandé à mon Ami, le Docteur Thierry DELESTRADE, fondateur des Laboratoires ORNIPHARMA, et consultant de notre site, de bien vouloir rédiger l’article que nous publions ci-après. J’ai pour ma part réalisé quelques clichés pour illustrer ce document, à chaque étape du traitement, en prenant soin de respecter le protocole thérapeutique conseillé. Les prix des produits utilisés sont indicatifs pour vous aider à estimer l’effort financier à réaliser pour soigner efficacement votre oiseau.

J’ai personnellement testé ces produits et constaté une guérison rapide des oiseaux infectés. Les photos que j’ai réalisé montrent les dégâts provoqués parla gale à différents stades, ainsi que les traitements successifs : vaseline salicylée, Orni gale en pommade.

Pour plus de renseignements, vous pouvez également contacter le Docteur DELESTRADE, à l’adresse suivante :

http://www.ornipharma.com

thierrydelestrade@ornipharma.com

Jean-Michel EYTORFF

1 / RAPPELS

La gale est une ectoparasitose contagieuse due à un acarien supérieur hématophage (qui se nourrit de sang) et microscopique (moins de 0.5 mm) :
« le sarcopte de la gale » (cnemidocoptes).
Cette dermatose n’atteint que l’épiderme glabre (non emplumé) de l’oiseau.
Localisée donc exclusivement au niveau des pattes de l’oiseau, elle occasionne des lésions typiques sous forme d’excroissances cornées (soulèvement des écailles) qui déforment la patte. On constate la formation de croûtes blancs-jaunâtres parfois décrite comme ayant un aspect de « mie de pain séchée ».
Le male vit à la surface de la peau et la femelle creuse des galeries dans les couches superficielles cornées de l’épiderme pour y pondre leurs oeufs.
Les sucs salivaires sont très irritants (chez l’homme il provoquent de fortes démangeaisons symptomatiques).
Il est difficile d’évaluer l’inconfort ainsi provoqué chez l’oiseau, mais les sujets atteints ne semblent pas particulièrement se « gratter ».
On peut penser que la nature très cornée des pattes les rend moins sensibles, épargnant ainsi aux malades ce désagrément.
Par contre les déformations finissent par handicaper l’oiseau qui ne peut plus poser sa patte à terme celle-ci se fragilise tellement qu’elle peut s’infecter, perdre un phalange,se casser voir provoquer une surinfection (à staphylocoques ou streptocoques) mortelle pour l’oiseau sans traitement antibiotique.
Le cycle parasitaire dure 3 semaines. Les œufs éclosent en quelques jours et la maturité sexuelle est atteinte en moins de 2 semaines.
L’évolution de la maladie est très lente, elle se développe pendant plusieurs mois.
La face externe dorsale des doigts est la première à être touché puis le développement se poursuit sur la face plantaire interne de la patte.

Diagnostic différentiel :

L’age très avancé de certain oiseau provoque l’épaississement des pattes et un soulèvement des écailles proche de celui occasionné par la gale.
Il ne faut pas confondre ces altérations des écailles avec la gale.
Mais si le doute est important il vaudra mieux traiter par acquis de conscience car l’age d’un oiseau ne le protége pas de cette affection.

Transmission :

C’est la promiscuité avec un individu infecté qui favorisera la transmission d’autant plus facilement que les barreaux de cage et les litières sont sales.
Le court cycle de reproduction favorise une importante multiplication du nombre de parasites présents à la surface de la peau. Dés lors la transmission se fera d’autant plus facilement.
Il n’existe pas de transmission interspécifique entre l’homme et l’oiseau. Les sarcoptes responsables des gales animales ne survivant pas chez l’homme.
La gale de l’oiseau contrairement à celle de l’homme ne semble pas très contagieuse, mais la négligence du traitement, le manque d’hygiène et la promiscuité facilitent grandement sa transmission.
Ce parasite provoque une importante réaction immunologique, les sujets qui en guérissent sont plus résistant à une ré infestation sans être pour autant être totalement immunisés.
La maladie semble plus active en période de froid et sa fréquence favorisée par l’élevage dans des volières à sol en terre.

2/ PROTOCOLE HYGIENIQUE

Les mesures d’hygiène et de désinfection seront parties prenante à 100 % dans le traitement de la gale.
L’hygiène n’est pas simplement recommandée, elle est là indispensable.
Evidemment la première mesure à prendre est d’isoler l’oiseau concerné le temps du traitement.
La désinsectisation de l’environnement jusque là occupé par le malade est impérative.
Un traitement « allégé » de prévention de ses « colocataires » sera aussi de rigueur même en l’absence de tout signes cliniques chez ces derniers.
En effet ces derniers n’apparaissent que plusieurs semaines après la contamination.
Dans ce cas, pour des raisons de commodité, une application unique de la solution traitante aux compagnons de cage sera recommandée.
Concernant la désinsectisation, il ne faudra évidemment pas omettre d’effectuer cette opération dans la cage d’isolement à l’issu du traitement.
Si possible au moment de la réintroduction dans une nouvelle cage de l’oiseau qui sort de traitement lui faire une ultime application de solution.
Cela pour qu’il ne transporte pas un sarcopte, dont certain sont encore potentiellement présent dans la cage de traitement avant sa désinfection.
Le sarcopte est capable de survivre 1 à 2 jour maximum hors contact de l’oiseau.
Par la suite en mesure préventive, tout comme pour les autres acariens supérieurs comme les poux, il faudra faire une désinsectisation régulière des locaux et du matériel. Deux fois l’an, dans le cadre des protocoles de désinfection, semble être une fréquence suffisante. Rappelons au passage que la désinsectisation fait, de toute façon, partie intégrante de toute désinfection digne de ce nom.
Dans le cadre des mesures de nettoyage et donc d’entretien de l’hygiène, à fortiori si vous avez des cas de gale, il faut apporter logiquement, un soin tout particulier à la propreté des barreaux (support idéal de transmission du parasite).
Enfin le traitement préventif par application unique de la solution sera à nouveau, une des nombreuses mesures à prendre impérativement au cours de la quarantaine que vous réaliser sur les « nouveaux arrivant » dans votre élevage.
A ce niveau les bains de carbaryl préconisés pour l’élimination des poux auront aussi une activité préventive très efficace contre la dissémination.
Malheureusement le sarcopte du fait de sa localisation intra dermique résistera aux mesures d’hygiène classiques que sont le bain et le nettoyage des pattes même avec un savon désinfectant.
Les bains de carbaryl bénéfiques contre les poux n’auront donc comme seul avantage dans la gale d’en limiter la dissémination. Ils seront adéquats pour protéger les autres oiseaux de l’élevage et en particulier les anciens compagnons du malade.

3/ PROTOCOLE THERAPEUTIQUE

On peut comme toujours faire régresser les conséquences et donc les symptômes de cette affection parasitaire avec certains produits classiques mais votre véritable but doit être d’éradiquer le problème.
La jusque là « souveraine vaseline » est à ce niveau bien dépassée…
Pour régler véritablement le problème, seules les mesures d’hygiènes et l’association des traitements symptomatiques et curatifs seront efficaces.
Les kératorégulateurs (vaseline salicylée et savons moussants anti squames) permettront effectivement d’assainir la patte et de lui rendre rapidement un aspect plus acceptable en faisant disparaître les «croûtes ».
Il serait alors illusoire de croire que la bataille s’arrête là, car si aucun produit purement curatif n’est utilisé la rechute sera inévitable, malgré les meilleures mesures d’hygiène qui ne feront que repousser l’échéance.
Plus grave la dissémination continuera.
L’étape de décapage de l’épiderme corné est indispensable car elle rend le parasite plus accessible au traitement.
Si les solutions traitantes et les bains de carbaryl semblent être plus adaptés à la prévention et à la limitation de la dissémination, le traitement des pattes présentant une infestation avancée avec d’importantes excroissances squameuses nécessite une préparation par des produits spécifiques à base d’acide salicylique dont l’action « décapante » comme nous l’avons déjà dit augmentera l’efficacité du traitement.

Mode opératoire :

Première étape : la préparation des pattes.

Commencez par faire une application en massage avec de la vaseline salicylée.
Cette dernière ayant la propriété de ramollir les squames.
La forme pommade permet une meilleure imprégnation que la forme fluide.
L’acide salicylique et ses propriétés « décapantes » permettront de leur coté un ramollissement encore plus important des croûtes en effectuant une véritable érosion de ces excroissances.
Essuyez l’excès de pommade à la fin du massage des pattes.
Puis après 24h de temps de pose, effectuez un brossage méticuleux et délicat à la brosse à dent avec de l’eau chaude et le savon liquide moussant KERATOGALE* qui contient lui aussi de l’acide salicylique mais aussi de l’huile de cade.
Renouvelez ce brossage un jour sur deux en alternance avec le massage à la vaseline salicylée pendant une à deux semaines.
Une franche amélioration de l’état de la patte doit s’observer à ce stade.
Plus l’amélioration sera franche plus l’étape de traitement sera efficace.
Il est donc conseiller de poursuivre cette phase non pas jusqu’à la disparition totale des squames mais au moins jusqu’à leur très nette régression.
NB : lors du brossage et surtout lors de ses renouvellements dans les cas sévères, de gros morceaux de squames peuvent se détacher de la patte. Il est donc impératif, à ce moment là, d’être d’une délicatesse « extrême ». Il ne faut pas espérer enlever la totalité de ces excroissances en une ou deux fois au risque de léser la patte.

KERATOGALE* : 5ˆ90 les 30ml (2 ou 3 gouttes par brossage)

Deuxième étape : l’application d’un produit traitant.

Les pattes ont été préparées pour un traitement efficace.
Vous avez maintenant « le choix des armes » :

– poudre carbaryl à 5% : diluez 1 c. à café rase (5 gr) dans 1 c. à café d’eau (5 ml).
Et appliquez abondamment cette solution à 2.5% sur les pattes 2 fois par semaine.
Pour les bains diluer ½ c. à café pour un litre.

ORNI CARBARYL * (6ˆ90 le poudreur de 150 gr à 5% et 12.90ˆ les 500 gr)
Remarque à titre comparatif : il est souvent conseillé l’OCEGALE* : carbaryl à 2% et 7ˆ00 minimum le flacon de seulement 15 ml.
La poudre permettant de plus par la suite d’effectuer des préventions anti poux :
Pulvérisation des cages, bains, poudrage des nids etc…
C’est sans conteste la méthode la plus économique, cependant moins puissante que les autres produits chimiques.
A noter aussi que certaines souches de sarcoptes sont résistantes au carbaryl.
Il n’en demeure pas moins la première intention thérapeutique à mettre en place.
Ses nombreuses utilisations y compris en solution buvable (même dilution que les bains) contre les acariens respiratoires en font un produit qui de toute façon ne sera pas perdu.

– pommade traitante : ORNI GALE pommade* crotamiton 5% 6.90ˆ les 20 gr.
Vraisemblablement la méthode la plus efficace mais il faut masser…

– solution traitante de Benzoate de benzyle : ORNI GALE liquide* Benzoate de benzyle 6%. 6.90ˆ les 10 ml.
Très efficace, elle conviendra mieux à ceux qui n’ont pas une vocation de « kiné » et pour les cas qui ne sont pas trop sévères et/ou trop nombreux.

– huile de goudrons cade : 2 fois par semaine. Economique son efficacité reste moins importante que les « chimiques ».
(Disponible sur demande au laboratoire ORNI PHARMA).

– huile essentielle de cade : ORNI HE GALE* : 11ˆ90 les 10 ml utilisée à raison d’une à deux goutte par application elle reste compétitive en terme de cout global du traitement.

– La pyréthrine : réputée active sur les parasites et les insectes en tout genre cet insecticide existe sous différentes formes dans le commerce. Son utilisation reste délicate, certains s’y risque, mais l’on ne connaît pas les effets secondaires sur l’oiseau. Les présentations sous formes d’aérosols demeurent néanmoins intéressantes pour traiter les locaux. Bien que selon les protocoles de désinfection la vaporisation d’un « brouillard » soit moins efficace que la pulvérisation d’un liquide.
D’autant plus qu’il existe des produits associant insecticide et désinfectant pouvant être utilisés en savonnage, pulvérisation ou et trempage.
Exemple : DESINFECTICIDE* (désinfectant total + insecticide à forte rémanence)

– L’ivermectine à 3% en solution pour application externe.
Très efficace mais onéreuse. C’est du reste une préparation magistrale soumise à ordonnance. (Elle est souvent utilisée sous forme de gouttes appliquées dans le cou pour la lutte contre les poux).

Effectuez une application si possible un jour sur deux au moins au début du traitement puis 1 à 2 fois par semaine (selon gravité) avec le produit de votre choix.
Cette application sera à prolonger jusqu’au retour à l’aspect normal de la patte.
Par sécurité il est conseillé de continuer le traitement à raison d’une application par semaine pendant 2 à 3 semaines après la disparition totale des lésions squameuses.

Précautions :

– Préalablement à l’application du produit, effectuez systématiquement une imprégnation à l’eau chaude de la patte pour ramollir les couches cornées superficielles, ce qui favorisera la bonne pénétration du médicament après séchage de la patte.
– Dans les cas sévères il est recommandé de préférer la pommade à la solution.
Un massage sérieux à fortiori avec la forme pommade améliorera là aussi la pénétration et donc l’efficacité des principes actifs.
– Supprimez la charpie.
– Supprimez le sable et la sciure de litière et favorisez les gros copeaux de bois ou les graviers voir rien du tout.
– pas de bain, même au carbaryl, pendant le traitement pour favoriser la plus longue imprégnation du traitement dans les tissus.
– surveillez l’aspect des pattes des anciens compagnons de cage, même si vous avez effectué l’application unique de la solution traitante ainsi que les bains de carbaryl ci-dessus conseillés.
– pour les femmes enceintes et les enfants le port de gants de chirurgien est recommandé lors des massages avec les produits traitants.

Remarque :

– L’ivermectine en solution buvable a été testée avec succès et semble tout aussi efficace que les applications locales.
Elle sera plus adaptée à ceux qui ne peuvent pas mettre en place les protocoles ci-dessus détaillés.
D’autre part elle sera sûrement la bien venue en traitement complémentaire dans les cas les plus sévères.


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A propos de l'auteur :

Encore & toujours Novice en Elevage , on a toujours quelque chose à apprendre des autres. Merci à tous ceux qui viennent parcourir cette nouvelle version d’Éleveur de Carduelinés !!!