Elevage du Moineau des sables (Passer simplex) JM EYTORFF

Expériences d’élevage du Moineau des sables (Passer simplex)
Texte JM EYTORFF en collaboration avec RUDY DRIESMANS
Photos JM EYTORFF-RUDY DRIESMANS

1. Introduction

Passionné et spécialisé dans l’élevage des passereaux européens et exotiques, c’est grâce à un ami de toujours, Rudy DRIESMANS, lui-même grand éleveur de fringillidés européens et exotiques, et également passionné par l’élevage des moineaux (domestique (Passer domesticus), friquet (Passer montanus), moineau espagnol (Passer domesticus hispaniolensis…) que j’ai entrepris la reproduction du moineau des sables, appelé également moineau du désert où moineau blanc (Passer simplex).

Très peu de documents sont consacrés à cette espèce de moineaux. Pendant de longues années, nous nous sommes contentés d’admirer les planches en couleurs d’Hermann HEINZEL. Avec internet, les premières photos commencèrent à circuler sur les sites touristiques il y a seulement quelques années. Un documentaire sur la faune du désert du nord de l’Afrique nous fit découvrir le moineau des sables dans son biotope (l’émission fut enregistrée sur une précieuse vidéo et visualisée régulièrement l’histoire d’entretenir le rêve).

Après plus de 30 années d’attente, c’est en 2002, que nous avons réussi à constituer deux couples non consanguins d’oiseaux d’importation. En 2003, quelques jeunes sont nés de ces deux couples, une souche de « Passer simplex » d’élevage a commencé à voir le jour. Cet article concerne nos expériences d’élevage en 2006 et en 2007, car la souche continue à se développer…

2. Description

Le mâle adulte présente un plumage gris beige pâle, ses dessins de lores ainsi que sa bavette sont noirs et parfaitement dessinés. Ses joues sont blanches ainsi que ses barres alaires et le bord de ses rémiges.

La femelle est plus discrète, à dominante roux pâle. Les barres alaires sont beiges avec du blanc en bordure des rémiges. La femelle ne présente pas de bavette. Sa tête, son cou et son dos sont de couleur brun roux

Les jeunes ressemblent à la femelle et sont à dominante roussâtre en plumage immature.

Les jeunes mâles présentent un voile brun sur le dos, la nuque la première année.

A noter que les moineaux des sables sont beaucoup plus pâles dans le biotope du fait de leur exposition au soleil. Les femelles sont particulièrement claires et magnifiques à observer.

La sous-espèce Passer simplex zarudnyi se distingue par une dominante plus grise du front au croupion chez le mâle. La femelle est également grise avec une bavette, le tour des yeux brun noirâtre. Cette sous-espèce est plus petite que la forme nominale.

3. Habitat et localisation

Sources :Les moineaux, les pinsons, les canaris, les serins et tous les Fringillidés, Estrildidés et Passéridés du monde. P.Clement-A .Harris- J.Davis . EDITIOND Delachaux et niestlé.

Les moineaux des sables sont sédentaires, et localisés en bordures des déserts. Ils fréquentent les milieux arides, les oasis, les oueds, les palmeraies. On peut les observer autour des villes dans la partie du Sahara Occidental. Ils reproduisent en couples où en petites colonies.

Pendant les fortes chaleurs, il est introuvable car il se cache au sommet des palmiers pour se reposer. C’est un oiseau qui s’alimente au sol de végétaux désertiques, de céréales tombées, de graines d’Arista pungens ou Arista pennata, d’insectes rampant où volants (coléoptères, mouches, petits papillons, araignées, chenilles…).

On le trouve dans le Sahara, depuis le sud Marocain au centre sud d’Alger, le sud ouest Tunisien, du sud au nord du Tchad, le nord du Niqger, le nord du Niger,, le nord du Mali, l’ouest de la Mauritanie, ainsi qu’au Soudan.

La sous-espèce Passer simplex zarudnyi s’observe au sud du Turménistan, dans le désert du Kara-Koum, à l’extrème ouest de l’Ouzbékistan dans le désert du Kyzyl-Koum. Observé accidentallement en Egypte et dans le nord de la Lybie

4. Logement

Dans mon élevage, un couple est logé dans une volière individuelle de 2 m de haut, 1 m de large et 2 m de long. Le sol est recouvert de copeaux de hêtre, et un bac de sable est placé à même le sol. L’eau du bain et de boisson est renouvelée chaque jour. L’eau de boisson est présentée dans un abreuvoir à goutte pour hamster et rongeurs.

4 nichoirs en bois sont disposés dans la volière, pour permettre aux oiseaux le maximum de choix, je décore la volière avec des fagots de bambous, afin de camoufler les nids et créer un biotope artificiel permettant aux moineaux un maximum de tranquillité et de calme.

Rudy donne la priorité à la polygamie et place un mâle pour plusieurs femelles en volière commune de grande dimension (8m X 3m X 4m). Ils partagent un espace spacieux avec des moineaux friquets, des moineaux domestiques, des sizerins, des verdiers et d’autres petits exotiques. Des sapins sont suspendus ainsi que des nichoirs type boite.

Les deux types d’élevage ont donné des résultats probants.

5. Alimentation

Période hivernale :

En volière individuelle, je veille à donner à mes oiseaux une alimentation riche et variée.

Comme la plupart des moineaux, le Moineau des sables ne demande pas un régime alimentaire particulièrement compliqué pendant la période d’hiver.

Des grappes de millet jaune et de millet rouge sont suspendues en permanence dans la volière. Chaque jour, le couple dispose d’un mélange pour petits exotiques, ainsi que de l’alpiste pur.

Chaque mois, je distribue de la pâtée insectivore, et régulièrement je donne quelques insectes vivants où morts (frais où décongelés) pour compléter l’alimentation. Ce qui est agréable est de pouvoir apporter un insecte aux moineaux (araignée, papillon, sauterelle….) et de les voir venir le prendre rapidement.

Rudy, pratique de la même façon, et en volière commune, les moineaux des sables sont toujours les premiers et les plus rapides lors des distributions d’insectes.

A l’automne, les baies de pyracanthas sont mangées, mais on ne peut pas dire qu’ils en raffolent. Des graminées sauvages sont distribuées, comme l’armoise en graines mûres, le mouron blanc et même l’onagre.

L’os de sèche, le grit, et le sable ne manquent pas dans la volière.

Période de reproduction :

Le mélange d’hiver est complété par des distributions plus régulières de pâtée insectivore et de la pâtée à l’oeuf dans lesquelles sont mélangés quelques insectes décongelés.

A partir de la naissance des jeunes, il faut s’adapter au rythme d’alimentation des parents. En ce qui me concerne, je distribue alors trois fois par jour :

Des pinkies décongelés
Des buffalos décongelés
Des teignes de ruche vivantes
Des vers de farine
Des pinkies vivants
Des araignées
Des papillons de nuit.

Les pâtées insectivores et indigènes sont données en permanence, ainsi que le millet en grappe et le mélange de graine d’hiver (alpiste + mélange petits exotiques)

Rudy procède de façon sensiblement identique et complète le régime alimentaire de ses pensionnaires par du pain humecté avec un peu de lait donné journellement.

6. Elevage

Expérience d’élevage en volière individuelle en couple :

En volière individuelle, pendant l’hiver, le couple ne se quitte pas, et se glisse dans les fagots de bambous pour se cacher en cas d’observation prolongée. Les oiseaux sont très silencieux pendant cette période.

On peut remarquer que certains nichoirs sont utilisés pour le repos où simplement se cacher, le moineau aimant particulièrement se réfugier dans un abri pour passer la nuit.

A partir de mars, on peut remarquer un début d’activité, mais ce n’est qu’au mois de mai que le couple est particulièrement actif et au top de sa condition pour nidifier.

Le mâle pousse des cris stridents, et pourchasse la femelle pour s’accoupler. Il chante au top de sa condition. La première fois que j’ai entendu le mâle moineau des sables chanter, je croyais que j’avais un mâle Verdier d’Europe (Carduelis chloris) dans la volière ! Son chant est particulièrement mélodieux. Ne pas confondre l’appel strident du Verdier d’Europe avec son chant.

Je dispose dans la volière un maximum de matériaux : paille, herbes séchées, feuilles de bambous, plumets d’herbes de la pampas, crin et poils de cheval, chanvre, coton, mousse séchée, charpie pour canaris…

Dans mon élevage, les nids sont construits dans les fagots de bambous comme à l’état sauvage. En effet, le nid du moineau des sables est en forme de boule. L’extérieur est tissé avec de la paille, du foin, et des feuilles de bambous. L’intérieur est tapissé de matériaux doux : crin, poil, coton, charpie blanche…

L’architecture du nid présente un couloir de quelques centimètres, et d’un diamètre d’environ 4 centimètres débouchant dans une cavité ou la femelle déposera ses œufs.

La ponte constatée est de 3 œufs pour la première couvée.

Les œufs sont marron clair tachetés de brun. La veille de la ponte, on peut facilement entrevoir le ventre gonflé de la femelle moineau des sables, lorsqu’elle accepte de se poser quelques instants…

La couvaison dure 13 jours. La femelle couve seule.

Pendant la couvaison le mâle est particulièrement actif. Il veille sur le nid, se perche à proximité, et appelle sa femelle qui lui répond régulièrement par des cris plus où moins strident comparables à ceux du moineau domestique. Le chant du moineau des sables est mélodieux, et certains tours sont très agréables. En cas d’alerte il appelle la femelle qui sort immédiatement du nid. L’appel est plus fort et plus strident que l’appel durant la couvaison de la femelle.

A la naissance des jeunes, on remarque une agitation très particulière chez le mâle. Les deux oiseaux se montrent moins farouches et viennent immédiatement chercher les insectes que l’on dépose dans les mangeoires. Les deux parents s’occupent d’alimenter les jeunes.

Après quelques jours, il faut fournir un maximum d’insectes aux parents, et je n’hésite pas à déposer dans un bac des poignées d’asticots vivants. Contrairement à certains oiseaux, les moineaux tuent les insectes avant de les distribuer à leurs jeunes.

Le baguage est réalisé à 7 jours avec des 2.7mm. Le risque de dé baguage est particulièrement important du fait de la propreté du nid.

Les jeunes sont alimentés avec des insectes jusqu’au sevrage.

Un deuxième nid est construit semaine 23, avec des matériaux neufs ainsi que les matériaux du précédent nid.
Pendant la couvaison, le mâle continue à construire des nids « dortoirs ».

Un troisième nid sera construit ensuite dans un nichoir boite.

La mue sera constatée en août

Le risque majeur en volière individuelle et en couple, est de voir le mâle moineaux devenir agressif vis-à-vis de sa femelle et de ses jeunes. Ce risque est le même avec d’autres espèces de moineaux. Dans ce cas, il peut broyer les œufs, tuer les jeunes à la naissance, au baguage, à la sortie du nid…..et pourchasser sans relâche sa femelle,

Expérience d’élevage en volière commune et en polygamie :

En volière commune, le mâle est particulièrement ardent et s’occupe de toutes ses femelles, voire même des femelles des autres espèces de moineaux (friquet (Passer montanus))

Les femelles aidées du mâle, construisent leurs nids dans les nichoirs boites. Les oiseaux sont plus au calme dans ce type de nichoir en volière commune.

La femelle couve, et alimente ses jeunes avec l’aide du mâle, qui « gère » ses quelques compagnes.

Certaines femelles sortent du nid au moindre bruit, d’autres ne bougent absolument pas. Ce qui frappe chez ce moineau, c’est son calme lorsqu’on le compare aux autres moineaux.

Sinon les observations constatées en volière individuelle, sont les mêmes en volière commune.

A noter que dans mon élevage la mue est survenue à la fin août, alors que chez Rudy vers le 10 juin.

Conclusion :

Nous avons eu un véritable coup de cœur pour ce magnifique moineau, dont la qualité et la finesse du plumage est comparable à celle du Bouvreuil githagine (Rhodopechys githaginea). Le masque du mâle semble dessiné à la peinture tellement il est précis et bien délimité. La première fois que je l’ai vu, j’ai comparé la qualité de son dessin à celle du diamant à bavette (Poephila cincta). Pour terminer, j’ajouterai que cette réussite est liée à une parfaite connaissance de l’élevage des moineaux européens domestiqués depuis très longtemps en phénotype sauvage et en mutations de couleurs. J’espère un jour pouvoir l’observer directement sur le terrain, et pourquoi pas aller observer sa sous-espèce zarudnyi.


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A propos de l'auteur :

Encore & toujours Novice en Elevage , on a toujours quelque chose à apprendre des autres. Merci à tous ceux qui viennent parcourir cette nouvelle version d’Éleveur de Carduelinés !!!